Un dirigeant m'a envoyé un tableau la semaine dernière. Trois colonnes, quatre villes marocaines, des pourcentages partout. Sa question tenait en une ligne : « on ouvre à Fès plutôt qu'à Casablanca, non ? Il y a dix points d'écart. »
Le tableau était juste. La conclusion, non.
Le Maroc a effectivement renouvelé son dispositif de soutien à l'offshoring, et l'effort est réel. Mais un dispositif d'aide ne choisit jamais une implantation à votre place. Il change le calendrier, il change la marge, il ne change pas la question de fond : où sont les gens que vous devez recruter.
Ce que contient la nouvelle offre
Le cadre s'appelle l'Offre Offshoring Maroc. Il découle du contrat-programme signé dans le sillage de la stratégie « Maroc Digital 2030 » et il est décliné par la circulaire n° 15-2025, applicable depuis le 1er juillet 2025 et valable jusqu'au 31 décembre 2030 (Ministère de la Transition numérique).
Quatre dispositifs le composent :
- AIR, un allègement de l'impôt sur le revenu des salariés, plafonné à 20 % du revenu brut imposable. Le plafond descend à 10 % dans les plateformes secondaires, à savoir Fès Shore, Tétouan Shore et Oujda Shore.
- AIS, une prise en charge par l'État de 56 % de l'impôt sur les sociétés dû sur l'activité éligible.
- PAE, une prime à l'emploi de 17 % du revenu annuel brut imposable pour chaque nouveau recrutement marocain, en contrat à temps plein d'au moins dix-huit mois.
- PAF, une contribution à la formation de 3,5 % du même revenu, par recrue.
L'ambition affichée par le contrat-programme est de 130 000 emplois directs additionnels et 40 milliards de dirhams de chiffre d'affaires à l'export supplémentaires, dont 50 000 emplois et 25 milliards dès 2026 (Le Matin). Les écosystèmes visés ne sont plus seulement les centres d'appels : services informatiques, externalisation de processus métier, ingénierie externalisée et métiers de la connaissance sont explicitement dans le périmètre.
Traduction pour un dirigeant : l'État marocain ne subventionne plus le volume, il subventionne la valeur. C'est un signal de politique industrielle, pas une remise commerciale.
Ce que cela change réellement dans un projet
Trois choses, et elles ne sont pas celles qu'on croit.
Le calendrier. La prime à l'emploi et la contribution formation portent sur les recrutements nouveaux, avec une condition de durée. Elles rémunèrent donc exactement ce qui coûte le plus cher au démarrage d'une équipe nearshore : les six premiers mois, quand vous payez des salaires avant d'encaisser la productivité. C'est là que le dispositif est le plus utile, et c'est aussi la raison pour laquelle il faut le cadrer avant la première embauche, pas après.
La structure de coût dans la durée. L'écart entre une équipe au Maroc et la même équipe en France se joue rarement sur le salaire brut seul. Il se joue sur le coût complet : charges, immobilier, encadrement, fiscalité. Sur nos propres missions, la réduction des coûts opérationnels tourne autour de 40 %, comme sur la filiale marocaine d'Ippon Technologies. Les nouveaux dispositifs ne créent pas cet écart, ils le consolident et le sécurisent jusqu'en 2030.
La lisibilité administrative. Le dispositif s'accompagne d'un guichet unique dans les plateformes et d'un comité technique qui instruit les dossiers. Pour une entreprise étrangère, un interlocuteur identifié vaut souvent plus qu'un point de fiscalité.
Le piège des dix points
Revenons au tableau de mon dirigeant. Le plafond d'IR à 10 % dans les plateformes secondaires est réel, et l'intention de l'État est claire : désengorger Casablanca et Rabat, répartir l'activité sur le territoire.
Sauf que l'aide s'applique à des salariés que vous devez d'abord recruter.
Un profil de développeur confirmé, un contrôleur de gestion bilingue, un ingénieur data : le vivier n'est pas réparti uniformément entre les villes marocaines. Il se concentre là où sont les écoles, les entreprises qui forment, et les gens déjà en poste que vous allez convaincre de bouger. Économiser dix points d'impôt sur des postes que vous mettez neuf mois à pourvoir est une mauvaise affaire. Le coût d'un poste vacant dépasse presque toujours l'avantage fiscal du poste pourvu.
La bonne séquence est l'inverse de celle du tableau :
- Définissez les profils dont vous avez besoin dans les dix-huit prochains mois, en nombre et en niveau.
- Regardez où ces profils existent réellement, et à quel rythme vous pouvez les capter.
- Vérifiez ensuite quelles aides s'appliquent à cette localisation, et intégrez-les au plan de financement.
Si vos besoins portent sur du volume avec une montée en compétence interne, une plateforme secondaire est un choix sérieux, et l'avantage devient structurant. Si vous cherchez quinze seniors en douze mois, la question du vivier écrase tout le reste. C'est le raisonnement que nous avons tenu pour l'ouverture du campus de Financia Business School à Rabat : la ville s'est imposée par l'écosystème et l'accès institutionnel, pas par une ligne de fiscalité.
Trois vérifications avant de bâtir votre plan
L'éligibilité de votre activité. Le dispositif vise des services à valeur ajoutée exportés. Toutes les fonctions que vous envisagez de délocaliser n'entrent pas nécessairement dans le périmètre. Faites qualifier votre projet avant de l'inscrire au budget.
Le lieu d'implantation. Certains avantages sont adossés à une installation dans une plateforme industrielle intégrée dédiée à l'offshoring. S'installer ailleurs reste possible et n'exclut pas tout, mais le paquet n'est pas le même. C'est une décision immobilière autant que fiscale.
La cohérence avec votre montage juridique. Filiale ou prestataire, les aides ne se lisent pas de la même façon puisqu'elles s'adressent à l'employeur. Si vous passez par un tiers, l'avantage figure dans son économie à lui, pas dans la vôtre, sauf s'il est explicitement répercuté dans le prix.
Ce qu'il faut retenir
Le Maroc vient de sécuriser cinq ans de visibilité sur un cadre incitatif clair, ouvert aux métiers d'ingénierie et de services à forte valeur. Pour une entreprise française ou américaine qui hésitait, l'argument du risque réglementaire est nettement affaibli.
Reste que les aides financent une exécution, elles ne la remplacent pas. Une équipe nearshore réussie se juge à la qualité des recrutements, à la solidité du management local et au transfert de compétences, pas au montant des primes encaissées.
Chez Connectis Partners, nous montons ces équipes de bout en bout, du choix de la ville au premier jour de production. Si vous avez un tableau à trois colonnes sur votre bureau, écrivez-nous : nous vous dirons ce qu'il vaut.